Je suis une Parisienne chauvine. Passé le périph', je suis paumée, pire que paumée, je suis malheureuse. Les provinciaux me regardent souvent de travers quand je dis ça, et de toute façon, j'arrive pas à leur expliquer ce qui me plaît exactement.
Oui, c'est une ville étouffante, oui, c'est pollué, oui les gens sont pas souriants, oui je sais, la ville de l'amour mon cul, oui, oui, oui. N’empêche. Pour moi, c’est comme un milieu hostile dont je connaîtrais les règles par cœur. Une sorte de jungle, mais dans laquelle je saurais comment survivre jusqu’au lendemain. Vous pouvez penser que je prends des images grandiloquentes ; ce que je veux dire, c’est simplement que je m’y sens à ma place.
J’ai fait deux fois le tour de l’Ecosse en stop, j’adore ce pays, vraiment. Comparé à Paris, on peut pas dire que ce soit vraiment la même chose : là-bas, il y a plus de moutons que d’humains. Eh bien, je dois avouer que l’un des meilleurs moments du voyage, c’est en rentrant de Roissy, dégueulasse, la maison sur les épaules, par ce putain de RER B (une parenthèse pour dire que si c’est le RER B qu’on impose aux touristes quand ils arrivent des aéroports, ils doivent être très très motivés par les Champs-Élysées pour pas retourner dare-dare dans l’avion).
Pourquoi l’un des meilleurs moments ? Parce que immanquablement, il y a un con pour s’asseoir à côté de toi, te demander si tu rentres de voyage (à ton avis, connard ? Je viens du Lavomatic, ça se voit pas ?), si t’as le temps de prendre un café, si tu as un mec et l’envie de faire l’amour, là maintenant, tout de suite. Vu comme je dois puer dans ces moments-là, je me demande si je devrais pas dire oui, juste pour voir leur tronche quand ils m’auront déshabillée.
Bref, j’aime ce moment, parce que des cons pareils, j’en ai jamais vu qu’à Paris. J’aime ce moment parce qu’il veut dire que ça y est, je suis rentrée chez moi.
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